Les articles suivants sont les thématiques de Mutant Chronicles sur lesquelles COG Games a le plus particulièrement travaillé et que l'on retrouvera dans la nouvelle édition. Il s'agit plus d'expliquer l'orientation générale du background, dans les grandes lignes, que de traiter de points précis.

Lorsque nous considèrons l'univers de Mutant Chronicles, nous y voyons un jeu marqué par le conflit. C'est très naturel puisque les conflits sont une partie importante d'un jeu de rôle et Mutant Chronicles en propose de très nombreux. La guerre est partout. Si vous mettez de côté le conflit opposant l'humanité à la Symétrie et que vous concentrez votre attention sur les conflits corporatistes. Vous pourriez simplement les résumer par des conflits d'intérêts. Dans une société hyper capitalistique, les intérêts économiques sont partout. Mais nous pensons que les choses doivent être un petit peu plus complexes que cela. Quelles autres origines de conflits pouvons-nous ajouter au contexte ? Quelles sont les idéologies qui prédominent dans l'univers de Mutant Chronicles ? L'une d'elle, la plus évidente, est la religion même si ce n'est pas entièrement correct de l'assimiler à une idéologie. La confrérie a des objectifs qui vont bien au delà des simples intérêts corporatistes. Ils veulent forcer l'humanité à adopter un certain mode de vie et à obéir à certaines lois. Leur vision d'un âge d'or est celui d'un âge de la foi. Une foi absolue et aveugle. Désormais, nous avions besoin d'un adversaire à la religion et celui-ci était la classique philosophie politique, une idéologie que nous pensions aller comme un gant au Cartel. Le Cartel est conduit par une vision que les besoins de l'homme se résument à un système politique basé sur la raison. Pas de place pour la supersition ou une hiérarchie basée sur le droit divin de gouverner l'humanité. Est-ce suffisant ? Seulement deux idéologies qui s'affrontent ? Bien sûr que non. Nous pensons alors à un troisième protagoniste : la science. L'idée que l'homme ne peut progresser que par les progrès scientifiques. La logique et les progrès scientifiques sont la seule solution aux problèmes de l'humanité. Sundiata conduit cette nouvelle et provocante idéologie dans l'univers de Mutant Chronicles. Cela crée un monde où chaque personne doit se définir par rapport à ses trois forces contradictoires. Capitol penche du côté de la raison, Bauhaus plutôt vers la religion et Mishima mélange science et religion. Imperial est peut être la moins déterminée de toutes mais avec une courte préférence pour la raison et la religion.

Mais les intérêts corporatistes prévalent toujours dans cette lutte. Les intérêts mercantiles corrompent et détruisent. Et pour un univers comme celui de Mutant Chronicles : les intérêts corporatistes sont nécessaires.

Pourquoi les épées, haches et autres armes de combat rapproché existent toujours dans un monde où les pistolets automatiques, fusils à pompe et autres Deathlockdrum devraient faire la loi ? Mis à part le combat de tranchées, il existe une très bonne raison de garder une lame acérée prête sur le champ de bataille : la corruption de la Symétrie. Elle prend plusieurs formes et la première sont les émissions de radiations intermitantes venant de Néron et qui balaient par vague notre système solaire. Si la malchance est contre vous, une émission symétrique peut très bien exposer une planète et tout le champ de bataille sur lequel vous vous tenez. Une autre forme de corruption symétrique concerne les environs immédiats d'une Citadelle. Lorsque vous affrontez les Légions Obscures dans leur cour, les niveaux de radiations peuvent être élevés. Mais qu'est-ce que provoque exactement cette corruption ? Elle altère les lois de la physique. Des phénomènes étranges comme une usure anormale, une fluctuation de la gravité ou un changement brutal de température peuvent provoquer toutes sortes de dysfonctionnements mécaniques. C'est à ce moment là qu'il faudra disposer d'une bonne lame et tailler votre route. C'est important d'avoir quelque chose sur quoi compter lorsque les lois les plus élémentaires sont mises à mal par la Symétrie. Reste encore que, si le niveau de radiation est trop élevé, même une solide lame peut vous trahir. Heureusement quand cela arrivera, la corruption aura déjà pénétré votre organisme et vous ne vous soucierez plus de l'état de votre épée alors que votre cervelle sera réduite à l'état de porridge.

Les mégavilles gargantuesques telles que nous les connaissions avant les Deuxièmes Guerres corporatistes ont plus ou moins disparues. Seulement quelques unes peuvent encore revendiquer le titre de véritable mégaville, San Dorado étant la plus importante de toute. San Dorado se distingue des autres cités puisqu'elle a vu augmenter sa population durant les Deuxièmes Guerres corporatistes alors que des millions de réfugiés venus des quatre coins de Mars y trouvaient refuge. Elle a même pu reconstruire les quartiers détruits durant la guerre. Des cités comme Heimburg, Burroughs et Hope comportent encore de vastes zones de ruines qui ne sont occupés que par les parias et exclus. Luna City a moins perdu par l'importance de sa population que de son importance politique pour les mégacorporations. C'est désormais plus un hâvre pour les francs-tireurs. Les mégacorporations gardent encore une forte présence à cause du prestige de Luna mais aussi parce que la Confrérie et la Cartel y ont leurs quartiers généraux. Reste que les mégacorporations n'ont plus leur sièges sur Luna. La mégaville la plus tournée vers les hautes technologies est Fukido, sur Mercure, qui a moins été touchée par les Deuxièmes Guerres corporatistes que la plupart des autres cités. Son infrastructure porte encore la marque des jours anciens lorsque la technologie était sûre.

Les mégavilles restent des lieux pollués, dangereux à l'activité frénétique. Elles représentent de nombreuses opportunités pour certains et le désespoir de tentatives manquées pour d'autres. Cela crée un environnement qui se caractérise toujours par une atmosphère de violence. Des guetos crasseux pour vétérans dans les faubourgs de Burroughs aux quartiers nobles strictement surveillés de Heimburg, des grottes surpeuplées de la ville basse de Fukido aux tours de verre et d'acier de San Dorado : les mégavilles vous invitent à vous joindre à la foule.

La Confrérie défend fermement la théorie que Néron, la dixième planète, abritait un ancien sceau qui a été brisé par la venue inconsidérée des conquistadores d'Imperial. En faisant cela, ils relâchèrent un mal ancien, une force maléfique qui ne cherche qu'à détruire l'humanité. Elle nous fut envoyée pour nous punir de notre orgueil. Elle nous fut envoyée pour réprimer notre hubris. La libération de la Symétrie a permis à l'humanité de redécouvrir ce qu'elle était ; ce qu'était notre vrai nature. La Confrérie considère que chaque être vivant est issue de la Lumière. Et tout être qui n'en est pas ne peut être considérée comme un être vivant et peut alors n'être qu'une créature de la Symétrie. La seule façon de purger le monde des hommes de la corruption de la Symétrie est par la Lumière et la Flamme. Et les seuls qui peuvent nous conduire dans cette lutte est la Confrérie.

Pour sa part, le Cartel n'est pas du tout sûr que Néron est une planète. Il assimile la Symétrie à une force étrangère qui envahit notre réalité à travers une déchirure dimensionnelle. C'est l'antithèse de notre réalité qui lutte pour nous détruire. Son objectif est de disposer d'un pied à terre permanent dans notre univers pour mieux le conquérir totalement, annihilant par la même toute trace de civilisation humaine. Notre seul espoir réside dans notre unité en tant que personnes, d'approfondir notre lien avec notre terre ancestrale. Ce n'est que dans l'union, dans l'étude de notre histoire et de notre retour sur Terre que nous pourrons défaire la Symétrie.

Sundiata a des certitudes concernant la vrai nature de la Symétrie en l'analysant par des méthodes scientifiques. Des recherches complémentaires sont nécessaires mais, bientôt, Sundiata détiendra les outils pour endiguer la Symétrie. Enfin, c'est ce qu'ils disent ...

Pour le grand public, il se fiche bien de savoir si la Symétrie existe ou non. Il veut simplement mettre un terme à cette folie.

Qu'est-ce que le vide nous réserve ? Nous qui traversons les vastes distances qui séparent chaque planète à bord de nos vaisseaux si vulnérables ? Les grands et vieux transports qui ont vu des générations entières être dévorées par les deux grandes guerres parcourent le vide grâce à un mélange de rétrotechnologie et d'inventions datant des anciens. Ces béhémoths silencieux tracent leurs routes suivant toujours les mêmes trajets légendaires. De plus petits et récents vaisseaux, beaucoup plus fragiles, suivent les grands transports dans leur sillage. Chaque journée peut être la dernière. Traverser le vide parmi les derniers vestiges de guerre et les cimetières des grands vaisseaux est aussi le lot des appareils de Sundiata, les vaisseaux les plus rapides du système.

Qu'y a-t'il d'autre ? Vous savez qui. Celle qui incarne le vide. Nombreuses sont les prières à raisonner dans l'espace et qui demandent à la Lumière de les protéger d'elle mais soyez rassurés : certaines voix discordantes l'appellent désespéremment.

Très tôt dans la conception du jeu de rôle, nous avons du décider de la façon dont nous allions nommer les choses dans l'univers de Mutant Chronicles. Est-ce que chaque culture corporatiste devait avoir son unique langage ? L'anglais semblait naturel pour Imperial, Capitol et peut être Cybertronic mais pas en ce qui concerne Bauhaus ou Mishima. Et le remplacement de Cybertronic par Sundiata n'arrangea pas les choses. Nous ne pouvions pas créer des langues adéquates avec les connaissances limitées dont nous disposions. Nous maîtrions le suédois, l'anglais et l'allemand dans une certaine mesure (plus tard nous avons bénéficié d'une ressource supplémentaire en japonais et en mandarin mais c'était après le débat). Aussi ... nous avons du prendre une décision. Les langues asiatiques de Mishima, les langues slaves ou russes de Bauhaus, les langages arabes et maghrébins de Sundiata, les langues celtiques et gaéliques d'Imperial et enfin les influences espagnoles de Capitol : tout cela était trop pour nous. C'était simplement impossible. Aussi en sommes-nous arrivés à un compromis : un seul langage avec des influences culturelles. Nous avons eu un doute en ce qui concerne la Confrérie ... quelle était son inluence culturelle ? Le Cartel était assez facile puisqu'il est composé de toutes les corporations mais la Confrérie est une institution religieuse ancienne. Cela n'aurait pas été super de mélanger simplement tous les langages lors de la création de personnages et ainsi de suite. La solution : une langue morte. Faisons à ce qua la Confrérie utilise certains termes de langues mortes.

C'est la position adoptée : nous utilisons certains termes et noms pour souligner les différences culturelles. Il se peut très bien que nous utilisions des syntaxes impropres ou des grammaires incorrectes mais cela ne devrait choquer que quelques uns. Nous avons simplement choisi la voie la plus simple.

La vie sauvage, dans les précédentes éditions, était réduite à la portion congrue. La 2nde édition ne rajouta aucun animal ni le supplément sur Capitol où il n'y avait pas grand chose qui vivait dans le désert. Dans le supplément Bauhaus, il y avait un rapide bestiaire des animaux vénusiens. C'était alors d'horribles animaux plutôt ridicules avec des noms encore plus ridicules. Tremblez devant les "devilcat" et autres "devilbat" ! Le devilcat était alors une sorte de gros chat mais moins accomodant et le devilbat une monstruosité volante qui menaçait de dévorer votre cervelle. Puis il y avait le "python vénusien" qui pouvait jeter des sorts et être modifié par la Technologie Obscure. Par contre j'aimais bien l'idée des singes de Vénus qui était un réel apport. Pourquoi eux plutôt que les autres : parce qu'ils ne souffraient pas du syndrôme de "monstres errants" et parce qu'ils n'étaient pas corrompus par la Symétrie Obscure.

Et beaucoup de jeux de rôle semblent frappés plus ou moins par ce syndrôme. Les animaux se doivent d'être très dangereux ce qui tourne à force à l'absurde. Ils sont aussi toujours extrêmement aggressifs et disposent de plusieurs armes naturelles dangereuses. Un prédateur se doit de posséder des sucs gastriques puissants, des crochets empoisonnés et d'attaquer tout ce qui bouge. J'admets volontier que ce n'est pas très enthousiasmant que de décrire un prédateur avec "il mange quand il a faim", mais il y a quelques limites au grand n'importe quoi. Aussi qu'un animal sauvage doit être influencé par la Symétrie pour être dangereux dans l'univers de Mutant chronicles me semble trop réducteur.

Malheureusement je viens juste de relire le background sur les singes du supplément Bauhaus et de découvrir qu'ils avaient des cousins, les "ravager monkeys". Qu'ils étaient infiniment plus dangereux, attaquaient avec férocité et que leurs morsures transmettaient la fièvre de jungle. Mais pourquoi ?

A l'occasion de la conférence de Bali sur l'environnement, je pensais qu'il serait intéressant de jeter un coup d'oeil aux aspects environnementaux des planètes de Mutant Chronicles. Bien évidemment, personne ne se préocupe des questions écologiques dans Mutant Chronicles au point de réduire sa production de déchets ou de gaspillage des ressources. Ce n'est simplement pas le sujet. Cela étant dit, jetons un coup d'oeil aux différents mondes habités.

  • Mercure présente un climat assez stable puisqu'il se limite à des habitats souterrains. Bien sûr c'est important que cet air sans cesse recyclé reste respirable. Les émissions de gaz des industries circulent dans les vastes galeries qui rejoignent les grandes cavernes peuplées et comme les systèmes de ventilation son anciens, l'air peut vite devenir malsain.
  • Sur Vénus c'est le climat qui gouverne la planète. La météo est agitée et la majorité de la surface est recouverte par les forêts ce qui fait de l'atmosphère vénusienne l'une des plus propres du système solaire. La pollution des industrie et la guerre ne sont pas concentrées en un seul endroit très longtemps et sont vite dispersées, enfin façon de parler. Mais les jungles de Vénus sont extrêmement vivaces et sont capables de coloniser presque n'importe quel milieu. Les jungles constituent les poumons de la planètes. Dans les zones plus froides, tout est recouvert par la neige aussi, si Vénus venait à connaître un réchauffement planétaire, qui sait quelles surprises surgiront des steppes glacées.
  • Pour Dark Eden, je pense que vous savez tous à quelle point la situation est mauvaise là-bas. Montons plutôt vers son satellite Luna où nous trouvons un climat confiné aux limites de sa mégaville. La ville de Luna dispose d'un ancien et puissant système de contrôle climatique qui filtre l'air et expulse la pollution dans l'espace. Ironiquement cela crée un anneau de déchets qui encercle Dark Eden, tel un gros panneau "Attention Pollution". Est-ce que le système de contrôle climatique peut donner à Luna une atmosphère alpine . Il le ferait s'il le pouvait. Malheureusement Luna est trop peuplée pour que les tours climatiques puissent fonctionner efficacement et comporte un secteur industriel bien plus important que ce qui était prévu à l'origine, au moment de la construction de la cité. La technologie pour ériger de nouvelles tours est depuis longtemps perdue ce qui rend la situation tendue.
  • Pour Mars, on peut dire que la planète est coupée en deux zones climatiques différentes : la zone nord habitable et la zone sud qu'il vaut mieux éviter. Les nombreuses guerres au sud de Mars ont laissé de profondes marques sur son environnement. Les armes biologiques et chimiques combinées aux déprédations des Légions Obscures ont créé une grande zone dévastée. Il y a toujours des ressources naturelles dans ses sous-sols pour assurer encore de longues années de guerre sur ces terres jadis fertiles.
  • Le Ceinture Phaéton a beaucoup en commun avec la ville de Luna. La vie dépend de ces systèmes de contrôle climatique qui ont connu des jours meilleurs. Mais elle possède une spécificité qui la rend encore plus misérable qu'ailleurs : elle est loin de la lumière du soleil. La Ceinture Phaéton est très éloignée de tout et cela a un grand impact sur le moral.

Dans les éditions précédentes de Mutant Chronicles, la présentation des informations était de très bonne qualité. Certains choisirent d'interpréter ces informations comme de la propagande corporatiste - d'autres considèrèrent, au contraire, de les prendre au pied de la lettre. Au final tout dépendait des préférences de chacun autour de la table. Mais lorsque vous commencez à remettre en question les informations dont vous disposez, un nouveau monde d'opportunités s'offre à vous. En mettant en place cette double-grille de lecture, vous réalisez que les choses sont loin d'être aussi simples et beaucoup plus intéressantes. Et si on considérait que les Légions Obscures sont réellement une invention de la Confrérie pour pouvoir vendre sa religion ? Mais alors comment expliquer la Symétrie alors ? Et si Imperial avait trouvé autre chose - un nouveau minerai, une ruine oubliée ou un ancien artefact dans les astéroïdes et c'est pour cela que la corporation n'a jamais réellement cherché à coloniser une planète ? Quel genre de secret cela peut être ? Et si Mishima n'était juste que le paravent d'un monde interlope qui tire réellement les ficelles, s'appropriant toutes les richesses du système solaire pour seulement quelques individus ? Qui sont ces individus ? Et si le secret derrière la technologie expérimentale de Sundiata n'était pas d'origine humaine mais d'un groupe de mutants ? Qu'est-ce qui a causé ces mutations et qu'est ce qui a permis qu'ils s'organisent ? Considérez la masse d'informations de l'univers de Mutant Chronicles et assaisonnez la de quelques "et si", faites reposer le tout un moment et considérez les opportunités que cela crée.

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